Valence, le 3 mars 2015

Allons Enfants n’étant pas un parti politique, elle a vocation à faire des propositions non assimilables à des réformettes mais qui proposent une transformation à long terme et en profondeur de notre société.

Laboratoire d’idées spécialisé dans la résorption des fractures républicaines, Allons Enfants veut s’attaquer aux tabous qui bloquent et minent la société française (école qui renonce à l’instruction, jeunesse marginalisée, territoires ruraux abandonnés, laïcité malmenée etc).

Les idées à courte vue ou l’immobilisme ne nous intéressent pas : notre vocation est de préparer la France dans 20 ans. Pour qu’enfin les Français sachent de quoi demain sera fait….Et que la jeunesse d’aujourd’hui prenne toute sa place dans cet avenir.

Dans ce cadre-là, Allons Enfants a consacré sa dernière Conférence à Valence (Drôme) au thème suivant : « la vieillesse n’est pas un risque ! Réconcilier la société avec ses aînés».

A cette occasion, le club a proposé de soumettre 5% du versement de la pension annuelle de retraite des seniors à l’accomplissement d’un service civique, effectué du départ à la retraite jusqu’à la perte de mobilité.

 1. Pourquoi étendre le service civique aux seniors ?

Le service civique senior s’inspire de deux dispositifs existants :

  • le service civique junior, mis en place en 2010 pour les jeunes de 16 à 25 ans
  • les réserves citoyennes, installées cette année au Ministère de l’Education nationale et permettant à des enseignants à la retraite d’intervenir dans les classes.

Avec l’allongement de l’espérance de vie et les progrès médicaux, la retraite n’est plus la fin de la vie, mais le début d’une autre : lorsqu’on part en retraite à 58 ou à 63 ans, on a encore 20 à 40 ans à vivre. C’est une chance ! A titre de comparaison, en Afghanistan, l’espérance de vie ne dépasse pas 45 ans. La retraite ne doit pas être synonyme d’exclusion de la société. Au contraire, beaucoup de retraités n’ont pas le temps de s’ennuyer, entre ceux qui reprennent des études, créent leur entreprise, s’engagent dans des ONG.

Il est donc impératif – et plus respectueux - de cesser d’appréhender le vieillissement uniquement sous l’angle angoissant et réducteur de la dépendance, d’un risque, le futur 5ème risque de la protection sociale.

On mesure le progrès d’une société au traitement réservé à ses anciens.

Nous devons réintégrer les plus âgés dans la société. Ne dit-on pas en Afrique, qu’ « un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle » : les vieux sont notre patrimoine, notre mémoire. Mais une mémoire vivante. La transmission des savoirs, notamment vis-à-vis des plus jeunes, est un atout pour l’ensemble de la société.

2. Qui sera concerné par le service civique senior ?

Le service civique senior s’adresse aux retraités, dès leur départ à la retraite à condition bien évidemment qu’ils aient la capacité physique. Il est donc naturel que certains retraités en soient exemptés :

  • les retraités précoces, du fait de la pénibilité de leur vie professionnelle antérieure
  • les retraités frappés, au cours des années, par une perte d’autonomie physique.

3. Pourquoi ce caractère obligatoire ?

Le caractère obligatoire du service civique senior est la différence la plus importante avec le service civique junior, dispositif basé sur le volontariat pour éviter de concurrencer les emplois marchands. Cette problématique de concurrence n’existant pas pour les seniors, relevant de la catégorie statistique des « inactifs », le caractère obligatoire peut être entériné.

Quelle est la nature de cette obligation pour les seniors ? Dès le départ à la retraite, le versement d’une partie de la pension annuelle de retraite (5%) est conditionné à l’accomplissement d’un service civique indemnisé.

Mais les modalités d’exercice du service civique sont plus souples pour les seniors que pour les jeunes (voir 5.).

4. Et si on refuse d’effectuer ce service civique, que se passe-t-il ?

En cas de refus, 5% de la pension annuelle de retraite n’est pas versée.

Sachant que la moyenne des pensions de retraite est, selon l’INSEE, d’un peu plus de 1200 euros, cette retenue de 5% correspond à 60 euros.

A l’inverse, en acceptant de l’effectuer, non seulement le senior touche toute la pension retraite à laquelle il a droit mais il bénéficie en plus d’une indemnité non imposable (voir 6).

5. Combien de temps dure le service civique senior ?

C’est la deuxième différence notable avec les jeunes : alors que le service civique junior dure entre 6 et 12 mois dans l’année et s’accomplit sur une durée de 24h minimum par semaine, le dispositif senior s’étend :

  • sur l’année, de 3 à 6 mois
  • en semaine, 24h maximum

Par exemple, dans la configuration minimale, il est tout à fait possible pour un retraité, afin de toucher l’intégralité de sa pension, d’effectuer 1 h par semaine de service civique pendant 1 mois.

Les plus motivés pourront faire davantage, dans la limite maximale de 24h par semaine et 3 mois dans l’année. Au-delà, ils basculent dans le système classique de bénévolat.

6. Combien peut toucher un senior qui effectue un service civique ?

Les jeunes en service civique touchent une indemnité (non imposable) de 467.34 euros nets/mois, quelle que la soit la durée de la mission (minimum de 24 heures hebdomadaires pendant 6 à 12 mois).

Pour les seniors, la durée de la mission étant la moitié de celle des juniors, Allons Enfants propose d’adapter l’indemnité mensuelle en conséquence, soit à 233.67 euros (non imposable également).

Ainsi, un senior qui consacre 1h (minimum) ou 24 h (maximum) par mois pendant 3 mois (minimum) à 6 mois (maximum) à faire du soutien scolaire auprès d’élèves de CM2 touchera tous les mois 233.67 euros.

7. Où effectuer le service civique senior ?

Le service civique senior s’effectue, au moins dans un premier temps, dans les 9 mêmes secteurs que le service civique junior, ce qui favorise le lien intergénérationnel, à savoir :

• culture et loisirs,
• développement international et action humanitaire,
• éducation
• environnement,
• intervention d'urgence en cas de crise,
• mémoire et citoyenneté,
• santé,
• solidarité,
• sport.

Comme pour les jeunes, il peut être effectué auprès d’associations, de collectivités territoriales (mairies, départements ou régions) ou d’établissements publics (musées, collèges, lycées…).

Il ne peut l’être dans les entreprises afin de ne pas concurrencer les emplois salariés.

Evidemment, les seniors expatriés ont la possibilité de l’effectuer dans le pays de leur résidence (lycée français, ONG etc…).

8. A quel âge effectuer le service civique senior ?

De l’âge de départ à la retraite jusqu’à la perte d’autonomie.

9. Combien coûte le service civique senior ?

Pour rappel, les 35.000 jeunes en service civique actuellement coûtent 100 millions d’euros à la collectivité.

Concernant les seniors, il est évident que l’ensemble des 15 millions de retraités français n’ont pas vocation à l’effectuer, ne serait que parce qu’il faut prendre en compte ceux qui ne le souhaitent pas, ceux qui ont perdu tout ou une partie de leur autonomie (comme par exemple, le 1,5 million de bénéficiaires de l’Allocation personnalisée d’autonomie, évaluées comme dépendantes d’après la grille AGGIR et qui vivent à domicile ou en établissement).

Si, sur une fourchette ambitieuse, 10 millions de seniors effectuaient un service civique et touchaient chacun une indemnité mensuelle de 233.67 euros pendant 3 à 6 mois de l’année, le coût global annuel du service civique senior s’échelonnerait entre 6,9 et 13 milliards d’euros par an, pris en charge par l’Etat, les fonds européens et un fonds redistributif du service civique senior (abondé par la retenue de 5% de pension des seniors qui ne souhaitent pas
effectuer le service civique).

Via le service civique, la formidable contribution des seniors à la résorption des fractures républicaines (missions d’encadrement dans la société, recul de certaines formes d’invalidité pour eux etc…) permettra de réaliser des économies dans bien des domaines de la vie sociale.

10.Qui paie ?

Comme pour les juniors, le service civique senior est financé par l’Etat.

Les fonds européens peuvent apporter leur concours à ce dispositif.

Un fonds distributif du service civique complète ce système.

11.Quelle différence entre le service civique et le bénévolat ?

A l’inverse du service civique, le bénévolat n’est pas rémunéré. Beaucoup de seniors s’y consacrent actuellement, dans des conditions matérielles précaires.

La transformation d’une partie de cet engagement bénévole en service civique, dans les limites horaires d ce dispositif, permettrait de sécuriser et améliorer le pouvoir d’achat des seniors bénévoles impliqués notamment dans les associations.

12.Quels avantages à effectuer un service civique quand on est senior ?

Le service civique présente plusieurs avantages :

  • il augmente le pouvoir d’achat des retraités dans le besoin et permet de répondre à la problématique douloureuse des petites retraites, inférieures à 1200 euros (pour rappel, le minimum vieillesse s’élève aujourd’hui à environ 790 euros pour une personne seule). Dans ces conditions, une indemnité de 233 euros mensuels n’est pas négligeable ;
  • il favorise la transmission des savoirs et des expériences accumulées toute la vie notamment vis-à-vis des jeunes, dans une société en perte de repères;
  • il contribue, grâce au maintien des liens sociaux, à maintenir l’autonomie des retraités le plus longtemps possible face à la fulgurance des maladies dégénératives qui isolent ;
  • il aidera les bénévoles à améliorer leur engagement par un revenu supplémentaire, grâce à une transformation d’une partie de l’activité bénévole en service civique,
  • incidemment, les 5% de pensions que laissent à la collectivité ceux qui ne souhaitent pas effectuer le service civique contribueront au financement du Fonds redistributif pour le service civique.